Critique de livre : La libération animale de Peter Singer

Vous l'avez vu dans mes articles précédents, j'ai commencé à me mettre à lire des livres sur la condition et l'éthique animale. Après en avoir lu 3 ou 4 (critiqués précédemment), j'ai décidé d'acheter le livre qui est considéré comme la Bible, l'ouvrage de référence : La libération animale de Peter Singer. J'avais pris l'habitude de faire des critiques express de mes lectures mais j'ai décidé de faire une critique plus complète pour ce livre, que je considère vraiment comme une œuvre qui devrait être lue par tout le monde (enfin au moins partiellement).

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Résumé :

Les animaux souffrent. Comme nous. Ils doivent donc être considérés autrement. Ce livre a déclenché le débat contemporain en éthique animale et changé notre regard sur les animaux. Depuis sa parution en 1975, il est devenu un classique incontournable, traduit dans une vingtaine de langues et vendu à près d'un million d'exemplaires.

J'ai mis un peu de temps avant d'acheter ce livre, d'une part car le prix me rebutait un peu (plus de 10€ pour un livre de poche, je trouve ça très cher) et, d'autre part (et principalement), parce que j'avais peur que cela soit beaucoup trop philosophique (ce livre est rangé dans les rayons "Philosophie" des magasins), difficile à comprendre et pas forcément très appliqué à la réalité d'aujourd'hui. Je me suis trompé. Comme il est clairement dit dans la préface, Peter Singer est un philosophe anglo-saxon. La philosophie "à la française" est bien différente. En effet, là où les philosophes français font de la philo pour faire de la philo (y a qu'à regarder les sujets de philo du BAC), les philosophes anglo-saxon font de la philosophie appliquée à la société. Autrement dit, leur but principal est de faire passer des idées concrètes à tout le monde, ils ne sont pas juste dans leur petit monde, en train de se batailler entre eux via des pavés de 2000 pages. Voici un extrait de la préface (faite par Jean Baptiste Jengène Vilmer, une pointure française en matière d'éthique animale) qui parle de cela :

Une autre raison du succès de ce livre est d'ailleurs sa grande clarté, ses qualités analytiques et pédagogiques. Singer s'adresse au plus grand nombre et réussit à développer des argumentations complexes d'une façon absolument limpide. C'est une caractéristique de la philosophie anglophone en général qui, contrairement à la tradition française, n'a pas le goût de l'ésotérisme, ni du style ampoulé. Seule compte l'efficacité du propos et, à ce titre, Singer est un maître absolu.

Du coup, c'est une lecture très facile à comprendre, super claire et qui ne devrait rebuter personne (je parle de la forme). Pour le fond, voici comment est découpé ce livre et mon avis sur chaque chapitre

Chapitre 1 : Tous les animaux sont égaux

Peter Singer nous explique ce terme spécisme et nous fait comprendre que, tout comme il y a des personnes racistes ou sexistes, il y a aussi (la plupart) des personnes spécistes, c'est à dire, des personnes qui considèrent qu'un homme est forcément supérieur à un animal. Ces arguments ne se basent sur aucun fondement scientifique ou logique. La question n'est pas de donner des droits équivalent aux hommes et aux animaux (il serait stupide de donner un droit de vote aux animaux) --> l'objectif est d'arriver, non pas à une égalité de traitement mais à une égalité de considération.

Chapitre 2 : Outils de recherche

Ce chapitre a vraiment été le plus difficile à lire, y sont décrites des expériences faites sur les animaux de laboratoire (singes, rats, etc.). Peter Singer a décidé de rapporter les publications scientifiques des chercheurs. Autrement dit, tout ce que l'on peut lire est en faveur de l'expérimentateur, il n'y est, bien évidemment, pas fait allusion à tous les ratés, les souffrances inutiles et, encore moins les expériences sans aucun but. Malgré cela, la lecture est très difficile. On se rend bien compte de l'ampleur de la catastrophe, du manque d'implication des autorités et du nombre colossal d'animaux à qui ont inflige tous les jours des souffrances physiques ou psychologiques inutiles ! Il est principalement évoqué dans ce chapitre des expériences complètement stupides, du genre "Est-ce qu'on peut (et surtout comment) rendre un singe psychopathe ?" ou alors "Qu'est ce que ça fait de mettre du détergent dans les yeux des lapin puis de les recoudre ?"...

Chapitre 3 : Du côté de la ferme usine

Ce chapitre est le plus long du livre et s'attarde sur les conditions de vie des animaux élevés dans des élevages industriels. Cela va de la poule élevée en batterie avec une surface disponible de la taille d'une feuille A4 à "l'élevage" des veaux qui, après séparation de leur mère dès la naissance sont stockés dans des box tellement petits qu'ils les empêchent de se retourner (afin que leur muscles soient le moins utilisés possibles) en passant par les conditions de vie des cochons qui sont enfermés dans des box minuscules 22h par jour dans l'obscurité totale. Bref, là encore, ce n'est pas une lecture marrante mais elle est, selon moi, nécessaire pour bien comprendre que les animaux dans nos assiettes ne sont pas, comme on peut le voir dans toutes les pubs, élevés en plein air, allant et venant à leur guise.

Chapitre 4 : Devenir végétariens

Peter Singer nous explique sa vision du végétarisme (je suis complètement d'accord avec son point de vue). Lui se considère comme un "vegan flexible", c'est à dire qu'il ne mange aucun animal mort, il refuse de porter des produits issus de l'exploitation animale (soie, laine, cuir), mais il ne refuse pas de manger des œufs de poules élevées en plein air par exemple. Ce chapitre est vraiment très intéressant et montre que devenir végétarien c'est faire du bien aux animaux mais également à l'environnement et à l'humanité en général.

Chapitre 5 : La domination de l'homme

Il s'agit d'une rétrospective du traitement des animaux par les hommes au cours des siècles passés (de l'antiquité en passant par les philosophes de lumières jusqu'à aujourd'hui). On peut se rendre compte que les animaux ont toujours été utilisés, exploités par les hommes malgré quelques défenseurs célèbres (Pythagore, Voltaire, etc.)

Chapitre 6 : Le spécisme aujourd'hui

Ce chapitre à été très largement réécrit pour cette nouvelle édition. En effet, le texte d'origine date de 1975. Depuis, il a été critiqué d'innombrables fois, c'est l'occasion pour Singer de répondre à quelques une des objections les plus courantes contre la libération animale. Cela en fait une conclusion parfaite pour ce livre.

Ma conclusion

Ce livre est vraiment une lecture difficile. Je ne lis que le soir avant de dormir, j'ai eu peur de faire des cauchemars plusieurs fois (en particulier en lisant le chapitre 2). Néanmoins, c'est vraiment un livre qui devrait être lu par un maximum de personnes, il nous ouvre les yeux, nous sensibilise et nous fait réfléchir sur de nombreux points. Le seul point négatif que j'ai trouvé c'est que tout ce qui est décrit se passe aux États-Unis et en Grande Bretagne dans les années 70-80. Évidemment, la plupart des choses se passent également de cette manière encore aujourd'hui et en France mais on peut facilement se dire "c'est pas chez nous que ça se passerait comme ça".

En plus de tout cela, Singer cite des références à de nombreux autres livres, dont certains que je vais acheter, cela nous permet donc également de découvrir d'autres ouvrages. Il y en a principalement un que j'ai envie de lire assez rapidement : Animaux dans la vie des enfants de Gail F. Melson.

Bref, vous l'aurez compris, ce livre est une vraie révélation. Je le considère vraiment comme une lecture indispensable. Pour ceux qui ne veulent pas l'acheter, je peux toujours le leur prêter ;)

Ma note : 9/10

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Commentaires

1. Le mercredi 18 juin 2014, 08:43 par Elodie

"Qu'est ce que ça fait de mettre du détergent dans les yeux des lapin puis de les recoudre ?" = are you fucking kidding me -_-

Je l'avais encore jamais vu celle-là...

Bref, très bon résumé de ta part et apparemment très bon bouquin. Je me souviens que mon prof de philo avait rapidement abordé la question des animaux (trop rapidement à mon goût). Ça serait pas mal qu'on en parle plus à l'école (plutôt que de disséquer des souris ou des cœurs de bœuf...)

2. Le mercredi 18 juin 2014, 10:23 par Benjamin

Oui, c'est le test LD50 (LD : lethal dose). Le but est de savoir à quel dose un produit est mortel pour 50% de la population testée (rats ou lapins en général). C'est soit des produits ingérés soit mis dans les yeux, paupières recousues parfois. Si tu cherches "ld50 eyes" tu verra de quoi il s'agit, ce sont des images assez connues.

C'est vrai que ça serait bien d'enseigner ça à l'école (philo ou autre), pour moi c'est un peu plus important que "Suffit-il d'avoir le choix pour être libre ?" ou "L'artiste est-il maître de son œuvre ?". C'est bien l'illustration de la différence de philosophie française et anglo-saxonne.

3. Le mercredi 18 juin 2014, 11:15 par Elodie

Effectivement, ce sont les images connues pour les campagnes contre L'Oréal...

4. Le mercredi 18 juin 2014, 13:55 par Benjamin

Ouai ils ne mettent pas que du détergent dans leurs yeux, le dissolvant ou la laque c'est pas mal aussi...

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